Pardon.
...............Je suis seule avec une chanson. Une seule, sans paroles qui m'aide à penser. Elle me raconte une histoire : mon histoire. Elle me dit combien je suis pitoyable. Elle me vide la tête, puis me l'emplit. Recommence, encore et encore, saleté de boucle sans fin. Où es-tu dans ce brouillard ? Tout est flou, j'ai peur sans toi, comme quand tu avais peur sans moi lorsque je t'ai abandonné dans la nuit noire. Tu as survécu, tu es fort. Moi je n'ai plus la force, tu n'es pas tout, mais sans toi, le chocolat n'a plus ce goût si sucré, la vodka n'a plus cet arrière goût délicieux, le vent ne caresse plus mon visage, la pluie n'est plus aussi froide qu'avant. Je perds tous mes repères, et pourtant, tu n'en es pas un. Je deviens tout ce que je hais tant : dépendante. Tu as raison, fumer déstresse, et à chaque cigarette, je me dis que c'est douze minutes de moins à t'attendre, douze minutes de moins à t'espérer, douze minutes de moins à t'aimer. Tu as raison, je ne suis qu'un passe-temps. On a joué, combien de temps déjà, ça doit frôler les deux ans, et s'il fallait recommencer, je recommencerais et je ferais exactement la même chose, les mêmes erreurs, et à ce jour, une fois encore, je perdrais. Mais aucune importance, je n'ai jamais autant aimé un jeu. Tu lui ressembles tant tu sais, ce que j'ai pu l'aimer.. Ce que je peux t'aimer. Je suis débile, et naïve de croire que tu puisses changer d'avis. J'ai besoin de te serrer dans mes bras, de te le redire. Je suis pâle, si tu ne me veux pas, rends-moi mon appétit. Dieu que tu aimes quand j'en souffre. Je ne te connaissais pas si rancunier. Je mords la poussière que tu as craché. J'étouffe, tu m'étouffes. Il est minuit, l'heure du crime comme on dit, profites-en, achève moi maintenant ! La réalité m'échappe ce soir, la musique me coupe du monde. J'entre dans cet endroit que tu chéris tant : l'irréel. Tu es là, mais je ne peux pas te toucher. Tu es là, mais je parle à un mur. Tu es là, tu es las. J'ai peur d'un monde sans toi, tout en espérant qu'il existe et que je pourrais y entrer. Question de temps, question de temps. Si tu ne m'entraves pas la route, je pense y arriver indemne, ou pas.
...............Je ne me contrôle plus : j'arrive même à me persuader que je suis triste. Je pense que je vais me ramasser car au fond, tu pries pour que j'en souffre. J'écoute toujours cette même chanson, et j'essaie de me forcer à pleurer, pour paraître moins inhumaine peut-être. Je n'y arrive même pas. Pleurer n'est même pas à ma portée. Je ne mérite même pas de pleurer pour toi, alors comment vais-je extérioriser ? Tu m'as mise dans un état de profonde nostalgie. Tout me manque, tu me manques, enfin, celui que je connaissais avant, rien de ce que tu es devenu ne pourrait me manquer. Non, je n'ai pas ciblé ma vie sur ta petite personne, c'est juste que j'écris quand je suis seule avec moi-même, à mener un combat contre toi. Si tu remarques, à chaque fois, tu m'emmènes au même endroit, pour revenir à l'instant où l'on s'est rencontrés. A chaque fois, tu me traînes un peu plus. Et à chaque fois, mes genoux s'écorchent un peu plus, je me mords la lèvre, mon sang coule, toi tu l'avales car tu adores ça : le goût de la souffrance, de la peine. Tu aimes tuer les gens, et quand ils meurent, tu te mets à pleurer. Après tout, tu n'es qu'un enfant qui a cassé son jouet préféré, dommage que je sois si solide. Et tu as le culot de m'espionner. Je ne peux même plus me morfondre toute seule : il faut en plus que tu admires le spectacle. Il n'y a donc que moi pour t'admirer. Je t'admire me détruire, et dieu sait comme tu fais ça bien. Pas trop vite, ni trop lentement : juste comme il faut pour te venger et faire assez mal. Pas trop, mais juste assez, pas moins que la fois précédente mais pas plus que la prochaine. Il faut que tu me dises ce qu'au fond tu cherches, je ferais tout pour te le donner, pour que tu puisses me laisser. Je sais que tu sais que tout ça n'est qu'illusion pour nous deux, que nous nous mentons mutuellement, mais pourquoi donc je me prends la tête comme ça ? Par simple plaisir sans doute.
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